La poupée de Fanchon

 

Fanchon est l'aînée d'une famille de quatre enfants. Elle habitait Paris dans les années 50, avec sa famille, une loge de concierge dans un bel immeuble cossu du XVIIIe arrondissement, quartier à la fois riche et  populaire. 

L'étroitesse du logis n'offrait guère le moyen de s'isoler, alors elle se réfugiait dans la lecture.

C'était une rêveuse, elle avait beaucoup d'imagination et dans les livres elle trouvait de nombreux sujets propices à l'évasion... 

Le terrain de jeux des enfants de ce quartier était bien souvent large trottoir du boulevard.

Tous les jours, un vieil homme dont  la barbe et les cheveux blancs s'allongeaient au fil des années, était assis sur un banc été comme hiver, non loin de son immeuble. Ce n'était pas un clochard, il était propre et bien vêtu et toujours en fonction de la saison. 

Fanchon l'aimait bien et quand elle passait près de lui avec ses frère et sœurs, elle ne manquait jamais de le saluer et il lui répondait toujours ma même chose : 

- bonjour petite! 

Ces parents lui avaient interdit de parler aux personnes qu'elle ne connaissait pas, mais pour ce Monsieur c'était différent, il était connu de tous les habitants du quartier qui lorsqu'ils en parlaient entre eux, ils se montraient particulièrement respectueux. 

Tous les gosses l'avaient surnommé à cause de sa barbe « le  Père Noël »  et le nez sous leur pèlerine, ils se gaussaient, chaque fois qu'ils le croisaient ! 

On était à l'approche de Noël. Les décorations et les guirlandes lumineuses animaient la rue, les yeux des enfants brillaient éclairant leurs visages aux joues rougies par le froid. 

 Bientôt ils iraient tous à la fête de Noël organisée par la Mairie pour les enfants du quartier, puis à celle de la Paroisse... 

Depuis longtemps, Fanchon rêvait d'avoir une poupée aux cheveux longs qu'elle pourrait coiffer. Mais à cette époque, des jouets comme celui-ci n'existaient pas. C'étaient plutôt des objets de collection souvent fragiles, leur perruque était en cheveux naturels qui valait une fortune ! 

Plus Fanchon grandissait, moins elle espérait voir son rêve se réaliser. Sa famille plutôt  modeste, ne pourrait jamais se permettre d'envisager un tel achat.

Pourtant, elle n'avait pas à se plaindre, pour ses petits frère et sœurs, en plus des manifestations locales, il y avait l'arbre de Noël offert par l'employeur de sa mère. Ainsi, chaque année avec ses frères et sœurs elle se rendait au cirque d'hiver pour assister à un beau spectacle suivit d'un goûter et de la distribution des jouets par le Père Noël en personne ! 

Les cadeaux étaient toujours très beaux, mais jamais dans son paquet elle n'y trouvait ce qu'elle avait commandé. Pourtant elle écrivait d'une belle écriture souple et appliquée et allait la poster elle-même !

 Les jours qui suivirent, toutes ses réjouissances, le banc de la rue  resta vide. Il neigeait et faisait très froid depuis plus d'une semaine. 

Un soir en rentrant de l'école, sa mère la chargea d'une mission de confiance :. Il s'agissait d'aller porter  un panier repas à une personne qui habitait au troisième étage d'un immeuble cossu, deux rues plus loin.

Fanchon  prit le panier tout en écoutant ses recommandations : 

- Tu ne coures pas et tu ne joues pas en route pour ne pas renverser la soupe de Monsieur Noël, il est malade il faut absolument qu'il mange et prenne bien ses médicaments, je les ai mis dans la boite en fer.

- Eh, tu m'écoutes? 

La fillette n'en croyait pas ses oreilles, elle avait entendu sa mère dire : « Monsieur Noël » !

- Oui, bien sur que je t'écoute, mais qui est ce monsieur?

- Ne me dis pas que tu ne le connais pas voyons, c'est l'homme du banc! 

A ces mots, Fanchon faillit s'étrangler avec sa tartine, et si c'était vraiment lui le Père Noël ? Puis d'un pas léger malgré la neige, elle s'en alla, portant avec précaution, le panier sous son bras. 

Quand elle arriva à l'adresse indiquée, la concierge qui était occupée à déneiger le passage, l'apostropha :

 - eh là, où comptes tu aller avec tes pieds sales?

- Je vais chez monsieur Noël pour lui donner ses médicaments et de la soupe que ma mère lui a faite...

La commère se radoucit et lui rappela que c'était bien au troisième étage et qu'elle pouvait prendre l'ascenseur ainsi elle ne mouillerait pas tout l'escalier. 

Arrivée sur le palier, un tapis rouge recouvrait entièrement le sol. Une seule porte au milieu desservait l'appartement. Elle était magnifique, tout en bois couleur miel avec la poignée, les serrures et le heurtoir en bronze doré. La fillette était trop petite pour atteindre le bouton de sonnette en marbre, elle avait beau se hisser sur la pointe des pieds, cela ne suffisait pas.

Elle allait appeler de sa petite voix, quand la porte tout à coup s'ouvrit ! Monsieur Noel se tenait là, debout devant elle, vêtu d'un peignoir de velours rouge. il semblait gigantesque !

- Ah, il me semblait bien avoir entendu quelque chose, dit-il d'une voix douce!

- Je....

- Oui je sais je mange ma soupe et je prends bien mes médicaments; mais maintenant files il va bientôt faire nuit. Attends, je te rends ton panier ! 

Durant une semaine, Fanchon se rendit tous les jours après l'école, chez le vieil homme qui l'attendait sur le pas de sa porte. Il allait de mieux en mieux et  ses joues avaient repris des couleurs.

Un soir sa mère lui dit :

- demain se sera le dernier jour pour toi d'aller chez monsieur Noel, il est enfin rétabli, et c'est tant mieux, tu vas pouvoir enfin m'aider pour cirer les escaliers ! 

Avant d'aller se coucher, une idée folle traversa l'esprit de Fanchon : elle écrivit une nouvelle lettre au Père Noël. 

Le lendemain soir elle se rendit pour la dernière fois, porter le panier repas à monsieur Noël, elle y cacha la lettre écrite la veille dans le linge qui contenait le pain. Lorsqu'elle prit congé du vieux monsieur, celui-ci l'embrassa et lui souhaita de joyeuses fêtes et surtout d'avoir confiance ! 

Elle se dépêcha de rentrer car il allait falloir aider sa mère à cirer les escaliers de l'immeuble pour que les propriétaires soient fiers de recevoir leurs familles pour la veillée de Noël le lendemain soir.

Les enfants furent confiés aux bons soins de leur grand-mère paternelle, qui s'en chargea jusqu'à l'heure partir pour la messe de minuit. 

Le chemin du retour fut comme chaque année, ponctué de chants traditionnels, de jeux de boules de neige, de grands éclats de rire et de petites larmes par ci et  par là ! 

Arrivée devant la porte cochère, tout à coup, le silence se fit, comme si quelqu'un l'avait demandé.

Chacun tapa de la semelle et s'essuya les pieds puis entra dans la maison. Le Père Noël était passé avec son lot de cadeaux. 

Fanchon tout de suite aperçu le grand carton rectangulaire posé sur ses souliers, mais n'osait approcher. La peur d'être une nouvelle fois déçue était plus forte que sa curiosité. Il fallut que ses parents insistent en haussant le ton pour qu'elle consentît à ouvrir son gros paquet. 

Elle était là, la merveille des merveilles ! Dans son coffret vitrine en bois ! Ses beaux cheveux châtains prisonniers d'un filet, son regard bleu, ses lèvres et ses joues rosies...Une robe de faille bois de rose et des bottines en cuir blanc, lui donnaient l'air d'une princesse ! 

La fillette ne savait pas si elle devait rire ou pleurer, son petit cœur battait à se rompre dans sa poitrine. Sa mère approcha et tira une carte de bristol de la boite sur laquelle on pouvait lire :

 Monsieur Noël Mercier

Restaurateur de jouets anciens    

 ma chère petite fille, je ne suis pas le Père Noël, comme tous les enfants du quartier aiment à le dire pour se moquer de moi, c’est sans doute pourquoi une lettre m’est parvenue par erreur, si tu vois ce que je veux dire…Tu es une petite fille gentille, polie, attentionnée et courageuse, tu mérites d’être récompensée !Cette poupée, appartenait à une  personne qui est morte pendant la guerre et qui n’a laissé aucun héritier.Je l’ai restaurée, habillée et chaussée come elle me l’avait demandé. Elle est restée dans mon atelier depuis tout ce temps, aujourd’hui elle est à toi, je te la donne, prends en grand soin… 

De tous les Noëls qui sont passés depuis, Fanchon ne se rappelle en détails que de celui-ci et à soixante ans aujourd'hui, elle a toujours, sa poupée !!!

 

 

Noter cette page

0/10 sur 0 vote

Sélectionnez une note dans le menu déroulant.
Commentaires (2)

1. alix Le 17/02/2009 à 19:47

Lien vers le site web de alix
c'est trés jolie, comme histoire ......
une histoire qui plaira toujours !Smiley

2. Delatte Le 09/05/2009 à 15:43

Envoyer un e-mail à Delatte
Coucou c'est Régine et oui je n'avais pas encore lu cela c'est superbe ma Fanfan tu sais tu aurais du etre journaliste ou écrivain je t'assure en plus, tu laisses du suspense et c'est une histoire vrai merceilleux et c"'est peu dire a bientot
Ajouter un commentaire
Vous

Votre message

Plus de smileys

Champ de sécurité

Veuillez recopier les caractères de l'image :



Dernière mise à jour de cette page le 14/07/2008

Créer un site internet gratuit avec E-monsite.com - Signaler un contenu illicite - Voir d'autres sites dans la catégorie Photo
Videos Droles - Clips musique - Cours création de site web